Elections législatives : 19 listes sur la ligne de départ

Հասարակություն
19.05.2026

A la date limite de dépôt, fixée au 23 avril dernier, 19 listes avaient été adressées à la Commission Electorale Centrale (CEC) d’Arménie pour les élections législatives du 7 juin prochain, soit 8 de moins que les 27 du précédent scrutin. Si elles doivent encore être avalisées par la commission, ces listes donnent un aperçu, à date, du paysage politique arménien. Et confirment la place toujours aussi centrale réservée à la politique internationale dans le débat public.

 

Par Marius Heinisch

 

Nikol Pachinian, candidat de l’ « Arménie réelle »

Deux mandats et huit années après la Révolution de velours qui l’avait emmenée au pouvoir, la formation politique du Premier ministre Nikol Pachinian n’est plus de celles que porte l’énergie de la nouveauté. Elle doit désormais défendre un bilan, et d’autant plus lourd qu’il contient la défaite militaire de 2020 contre l’Azerbaïdjan, la disparition de la République d’Artsakh et la crise migratoire qui s’en est suivi.

Briguant un troisième mandat, Nikol Pashinyan veut mobiliser autour d’un nouveau concept, martelé par son gouvernement bien en amont de la campagne : celui de l’ « Arménie réelle ». La République d’Artsakh disparue, et avec elle le rêve d’une seule Arménie d’Erevan à Stepanakaert, il mise sur la reconnaissance des frontières de l’Azerbaïdjan, et, pour sortir le pays de son enclavement, parie sur un réchauffement des relations avec la Turquie voisine. Son Arménie réelle se décline en pin’s, portés et distribués par le Premier ministre et ses candidats, et qui figurent une carte de l’Arménie… sans l’Artsakh.

Pour éviter de n’être qu’un vaincu, Nikol Pashinyan se présente aux électeurs en faiseur de paix, soucieux de replacer l’Arménie sur la carte politique et commerciale du Caucase sud. Dans ses prises de parole, il désigne ses adversaires comme un seul bloc, celui du retour à la guerre, contre laquelle il dresse sa formation politique comme seul rempart. Et quitte à susciter des remous dans l’opinion publique, comme lors d’une invective filmée, entre lui et une réfugiée de l’Artsakh, dans le métro d’Erevan en mars dernier. Débordé par la propagation de la vidéo sur les réseaux sociaux, le Premier ministre avait fini par présenter des excuses publiques à la jeune femme, Armine Mosiyan. De nombreuses altercations avec des opposants ou, tout simplement, les citoyens mécontents rencontrés lors de sa campagne viennent assobrir cette image. 

 

Une opposition tricéphale

Contre le Contrat civil, trois listes principales, portées par trois figures bien connues de la politique arménienne, prétendent incarner l’alternance. D’un côté, Robert Kotcharian, Président de la République d’Arménie de 1998 à 2008, mène la coalition Alliance Arménie, alliance de la FRA (Fraction Révolutionnaire Arménienne, aussi appelée « Parti Dachnak ») et du parti Araj. De l’autre, le milliardaire Samvel Karapetian dirige la liste Arménie forte, à laquelle le tout nouveau parti « Pays pour vivre » de l’ancien dirigeant d’Artsakh Ruben Vardanian a annoncé son soutien en avril. L’ancien homme d’Etat et le milliardaire font tous deux porter au gouvernement de M. Pashinyan la responsabilité de la défaite de 2020, tout en lui reprochant de saper les valeurs nationales par ses attaques répétées contre les dirigeants de l’Eglise apostolique.

A ces deux principaux opposants, s’ajoute une troisième liste notable, Arménie prospère. Elle est conduite par un autre milliardaire bien connu en Arménie, le sulfureux Gagik Tsarukyan, champion du monde de bras de fer et ancien député d’appoint dans les majorités parlementaires de Robert Kotcharian. 

Même si les trois portent en commun l’objectif de renverser la majorité sortante, et que leurs vues sur la nature des liens entre l’Arménie et la Russie convergent, aucun processus d’unification des listes n’a été entrepris. Les trois têtes de l’opposition ont retenu une autre stratégie. Plutôt que d’affronter en amont de l’élection la difficile question du chef et risquer de s’y épuiser, chacun lance sa formation dans la course pour obtenir le maximum de suffrages et, quitte à s’allier plus tard dans un accord de gouvernement, priver Contrat civil d’une nouvelle majorité au Parlement.

Si la liste menée par M. Karapetian devance celle des deux autres opposants à M. Pachinian dans les sondages d’opinions, elle fait face en revanche à une autre difficulté : le code électoral. Celui-ci interdit aux détenteurs d’une autre nationalité que l’arménienne de se porter candidat, et pose comme condition supplémentaire de résider sur le territoire arménien depuis au moins quatre années. Samvel Karapetian, citoyen de la Fédération de Russie et de la République de Chypre, domicilié en Russie, risquerait de voir sa candidature invalidée. Sa formation politique, Arménie forte, a fait savoir qu’elle modifierait la loi en cas de victoire. L’intéressé s’est toutefois empressé d’engager en accéléré des procédures de renoncement à ses nationalités russe et chypriote.           

 

Partis satellites, trajectoires incertaines 

En marge des tractations, alliances et déboires des grandes figures de la politique arménienne, ce ne sont pas moins de quinze autres listes qui ont enregistré leur participation auprès de la CEC. Signe d’une certaine vitalité de la politique arménienne, c’est toutefois près de dix de moins que lors du précédent scrutin. Cette galaxie de liste confirme surtout l’effritement des forces issues de la Révolution de velours, avec la candidature d’anciens membres de Contrat Civil comme Arman Babajanian (Pour la République) ou Edmon Markouian (Arménie Lumineuse) désormais opposé au gouvernement du premier ministre.

Il faut aussi s’attendre à ce qu’une partie d’entre elles rejoigne des alliances de gouvernement ou d’opposition, une fois le résultat des élections connu et les négociations entre forces parlementaires entamées. Certaines pourraient même être tentées de s’unir pendant les derniers mois de campagne, notamment pour passer la barre des 4% de suffrages exprimées qui défend l’entrée au Parlement.

Les propositions portées, tout comme les thèmes de campagne, sont d’une grande variété parmi cette galaxie de listes secondaires. Leur faiblesse dans les sondages ainsi que leur quasi-inexistence médiatique les empêchent toutefois d’influencer réellement la campagne, dont les deux thèmes majeurs demeurent, comme lors des précédents scrutins, l’Artsakh et les alliances internationales.