
Tandis que le bilan des victimes s'alourdit d'heure en heure et que le Sud-Liban se vide de ses habitants, l’armée israélienne a ordonné l’évacuation totale de la banlieue sud de Beyrouth. Depuis, la capitale a sombré dans le chaos : 700 000 déplacés errant dans l’horreur. Le président libanais appelle Emmanuel Macron à l'aide pour stopper les bombardements.
Par Gabrielle Delorme
Des ordres d’évacuation et des frappes de la banlieue sud de Beyrouth à l’est et au sud du pays
Jeudi, 15 heures. Le cauchemar des Libanais atteint un paroxysme lorsque l’armée israélienne ordonne l’évacuation intégrale de la banlieue sud de Beyrouth. Selon le ministère de la Santé, le bilan est de 102 morts et 638 blessés. Aux 83 000 Libanais déjà déplacés s'en ajoutent désormais 700 000.
Dans un mouvement de panique, des centaines de familles s'entassent désormais sur la corniche de la capitale, tandis que l’axe Beyrouth-Damas est totalement paralysé par les embouteillages. La menace se fait plus précise et brutale avec la déclaration du ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich : « Très bientôt, la banlieue sud de Beyrouth ressemblera à Khan Younès ». Une référence explicite à la ville de la bande de Gaza, aujourd'hui réduite en cendres. Janine Hennis-Plasschaert, la coordinatrice spéciale pour l’ONU, commente l’avertissement d’évacuation israélien pour ce qu’il est « un cauchemar ».
A l’est, du côté de la Békaa, l’armée israélienne a ordonné l’évacuation de trois villages de la région, qui subissent des frappes incessantes. Dans le sud du pays, la population continue de fuir tandis que les affrontements entre le Hezbollah et l’armée israélienne s’intensifient. Cette dernière mène une incursion terrestre dont l’objectif stratégique, selon les analyses du journal Le Monde, pourrait être l’établissement d’une zone de contrôle s'étendant jusqu’au fleuve Litani. Situé entre 4 et 30 kilomètres de la ligne de démarcation, ce périmètre représente près de 8 % du territoire libanais.
Un bombardement israélien sur le village de Khiam, dans le sud du Liban, le 4 mars 2026. RABIH DAHER/AFP
L’appel à l’aide de Joseph Aoun à Emmanuel Macron face au chaos qui gagne la capitale
Face à cette situation dramatique, le président libanais, Joseph Aoun, a appelé Emmanuel Macron à « intervenir afin que la banlieue sud ne soit pas ciblée » face aux menaces israéliennes, plaidant pour l'instauration d'un « cessez-le-feu dans les plus brefs délais ».
Après s'être entretenu séparément avec le Premier ministre indien ainsi qu'avec les présidents turc et émirati sur l'instabilité régionale, Emmanuel Macron a réaffirmé que « tout doit être fait pour empêcher » que le Liban ne soit « à nouveau entraîné dans la guerre ». Sur le réseau social X, Emmanuel Macron a dévoilé son intention d'« établir un plan » visant à « mettre un terme aux opérations militaires » opposant le Hezbollah et Israël. « Dans ce moment de grand danger, je demande au Premier ministre israélien de ne pas étendre la guerre au Liban », a-t-il écrit, tout en lançant un avertissement symétrique à Téhéran : « Je demande aux responsables iraniens de ne pas impliquer davantage le Liban dans une guerre qui n’est pas la sienne ».
Le chef de l'État a directement interpellé l'organisation chiite sur sa légitimité nationale : « Le Hezbollah doit renoncer aux armes, respecter l’intérêt national, montrer qu’il n’est pas une milice aux ordres de l’étranger et permettre aux Libanais de se rassembler pour préserver leur pays. ».
Ce discours intervient alors que le Conseil des ministres libanais continue de resserrer son étau autour du Hezbollah afin notamment de le désarmer. Il a ainsi interdit toute activité des Gardiens de la révolution iraniens sur son sol.
Tandis que le porte-parole de l’armée israélienne, le général Effie Defrin, affirme en conférence de presse que l’État hébreu "continue de frapper systématiquement le Hezbollah et de traquer ses militants dans tout le pays", la réalité du terrain dessine un bilan bien plus sombre : une population libanaise martyrisée, épuisée et confrontée à la menace d’une offensive de grande envergure.








