
Soixante morts, des centaines de blessés et quatre-vingts villages sommés de vider les lieux : depuis la riposte israélienne du 2 mars, le Liban vit au rythme des chenilles de chars et des explosions. En envahissant le Sud, l'armée israélienne a transformé une nuit de frappes du Hezbollah en une offensive totale, jetant 65 000 personnes sur les routes de l'exode.
Par Gabrielle Delorme
Une guerre totale qui frappe bien au-delà du Hezbollah
Si l'offensive israélienne a débuté contre les bastions du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth, elle frappe désormais au cœur des infrastructures civiles et politiques : un hôpital a été touché et des frappes ont été rapportées à moins de deux kilomètres du palais de Baabda, au sud-est de la capitale. Les bombardements ont également visé des zones résidentielles situées en dehors des fiefs de la milice pro-iranienne, faisant six morts et huit blessés selon le ministère libanais de la Santé.
Dans l'est du pays, la plaine de la Békaa est lourdement meurtrie : les frappes y ont notamment tué deux fillettes et leur frère aîné. Ce déluge de missiles, qui s'abat également sur le Sud-Liban, provoque des exodes massifs, poussant des milliers d'habitants épuisés à fuir, notamment la ville de Tyr, lourdement impactée. Depuis le lundi 2 mars, le ministère des Affaires sociales recense déjà 65 000 déplacés à travers l'ensemble du territoire.
Parallèlement, l’armée israélienne a lancé une incursion terrestre pour instaurer une « zone tampon » à la frontière. Cette stratégie, déjà esquissée lors du conflit de septembre 2024, fait craindre une occupation durable et contraint les Libanais à abandonner terres et foyers. Face à cette guerre qu’elle n’a pas choisie, la population s'entasse désormais par milliers dans environ 350 centres d’hébergement improvisés, livrée à un avenir de plus en plus incertain.
Qualifiant la situation de « catastrophique » dans un interview avec France Culture le mercredi 04 mars, l’ambassadeur du Liban en France, Rabih el Chaer, souligne l'urgence humanitaire. Il affirme par ailleurs que le gouvernement libanais affiche désormais une « intention ferme » de désarmer la milice chiite, marquant une volonté de rupture nette avec l'engrenage imposé par le Hezbollah.
"Une décision suicidaire" : le Liban désavoue officiellement le Hezbollah
Selon L’Orient-le Jour, le dirigeant du Hezbollah, Naïm Kassem, justifie les tirs de son camp en considérant l’offensive conjointe des États-Unis et de l’Israël en Iran, comme le « déclenchement d’une guerre existentielle contre les chiites qui n’auront d’autre choix que celui de se défendre ». Le corédacteur en chef du quotidien libanais, Anthony Samrani, qualifie la décision du Hezbollah, qui a entraîné tout le pays dans la guerre, de « suicidaire ». Son constat est sans appel : « Cette fois, il faudra que les autorités libanaises traitent la milice chiite pour ce qu’elle est et non pour ce qu’on voudrait parfois qu’elle soit : une excroissance de la République islamique dont il faut se débarrasser avant qu’elle ne finisse par anéantir ce qui reste du Liban. »
Dans l’après-midi du lundi 02 mars, le gouvernement libanais a officiellement condamné l’offensive de la milice pro-iranienne. Longtemps resté dans l’ombre du parti chiite lors du conflit de 2024, le Conseil des ministres a repris l'initiative. Il a ainsi réaffirmé une position sans équivoque : « Seul l’État libanais détient le droit exclusif de décider de la guerre et de la paix. » Cette interdiction de toute activité militaire illégale se veut une décision souveraine, définitive et sans retour possible.

Le lendemain, le président libanais Joseph Aoun est allé plus loin lors d’une réunion diplomatique avec les ambassadeurs de Quintette (États-Unis, France, Arabie saoudite, Égypte et Qatar). Il a chargé l’armée et les forces de sécurité de désarmer complètement le Hezbollah dans les plus brefs délais. Ainsi, douze membres armés du parti chiite ont déjà été arrêtés.
“La France se tient aux côtés des autorités libanaises dans leurs efforts courageux pour reprendre en main leur sécurité".
Le Président français et différents chefs diplomatiques ont d‘ailleurs salué la décision de l’État libanais.
Rabih el Chaer presse désormais la France de tenir ses promesses : “Il faut libérer cette aide là dès maintenant comme un gage vis à vis de l'État libanais.” Enfin, l’ambassadeur du Liban en France a fini par sceller ce divorce diplomatique, cet après-midi, en affirmant la séparation totale entre l’État et la milice : "L’État libanais ne veut pas de cette guerre, de cette escalade et d’être un champ de bataille régional."








