Entreprendre pour reconstruire : au cœur de l’initiative portée par la Fondation KASA

06.04.2026
Complément spécial KASA

En Arménie, les crises récentes ont profondément bouleversé les équilibres économiques et sociaux, fragilisant particulièrement les régions rurales et les populations déplacées. Face à ces défis, la Fondation KASA mise sur l’entrepreneuriat social comme moteur de résilience et de transformation.

Entretien avec Zara Lavchyan, responsable de développement des projets et de la recherche de fonds à la fondation KASA.

 

Par Béatrice Ramos

 

Dans quel contexte s’inscrit aujourd’hui le programme d’entrepreneuriat de KASA ?

Le programme s’inscrit dans une période de transformation profonde. Les crises successives — pandémie, guerre de 2020, déplacement de plus de 120 000 personnes d’Artsakh en 2023 — ont accentué la précarité et les inégalités. Dans les zones rurales, le manque d’opportunités reste criant. L’entrepreneuriat social apparaît alors comme un levier essentiel pour renforcer la résilience des communautés et encourager des initiatives locales à impact.

 

Pourquoi avoir lancé ce type de programme ?

L’Arménie dispose d’un fort potentiel entrepreneurial, notamment chez les jeunes. Mais beaucoup peinent à concrétiser leurs idées, faute de financement, de mentorat ou de réseau. C’est pour répondre à ces obstacles que KASA a lancé en 2021 le programme KHTAN (« Impulsion »), avec l’ambition de soutenir la création d’entreprises sociales ancrées dans les territoires. Depuis, plus de 150 participants ont été accompagnés.

 

 

Quels besoins urgents avez-vous identifiés au départ ?

Nous avons constaté un manque d’accès aux ressources essentielles pour entreprendre : financement, accompagnement, réseau. De nombreuses idées restaient à l’état de projet. La situation s’est intensifiée avec l’arrivée de populations déplacées d’Artsakh. Nous avons alors maintenu le lien avec les participants, identifié leurs besoins et les avons aidés à relancer leurs activités dans un nouveau contexte.

 

Quelle place occupe ce programme dans la stratégie de KASA ?

Il est au cœur de notre mission. Il contribue à l’autonomisation économique et au développement durable des communautés. En soutenant des initiatives locales, nous répondons à des enjeux majeurs comme le chômage ou l’exode rural. Pour nous, l’entrepreneuriat est bien plus qu’un outil économique : c’est une voie vers la dignité et la reconstruction.

 

Quels types de projets soutenez-vous ?

Les initiatives couvrent des domaines variés : agriculture durable, artisanat, éducation, tourisme local, innovation numérique. Nous sélectionnons les projets en fonction des besoins des communautés, des ressources locales et de leur potentiel d’impact économique et social.

 

Comment accompagnez-vous concrètement les participants ?

Nous proposons un accompagnement complet, de l’idée à sa mise en œuvre : formations intensives, mentorat, soutien financier pour tester les projets (MVP), mise en réseau et visites d’étude. Nous intégrons aussi des outils modernes, comme les technologies numériques et l’intelligence artificielle, pour stimuler l’innovation.

 

Quelle est votre plus grande réussite à ce jour ?

Au-delà des chiffres, notre réussite est humaine. Nous avons contribué à créer un véritable écosystème d’entrepreneuriat social. Des personnes souvent éloignées du marché du travail — jeunes, femmes, personnes déplacées — ont pu reprendre confiance, développer leurs compétences et générer des revenus. Nous avons aussi innové dans nos méthodes, notamment avec la ludification pour renforcer l’engagement.

 

 

Vous parlez de dynamisation, d’innovation et d’autonomisation. Que recouvrent ces notions ?

La dynamisation consiste à encourager l’initiative et l’engagement. L’innovation vise à développer des solutions nouvelles adaptées aux défis actuels. L’autonomisation permet aux individus de devenir acteurs de leur propre développement. Ensemble, ces trois dimensions structurent notre approche.

 

Pouvez-vous donner des exemples concrets de projets ?

Plusieurs initiatives illustrent cette dynamique. À Gyumri, le projet SmartStop améliore la mobilité urbaine grâce à des arrêts de transport intelligents. D’autres projets valorisent le patrimoine culturel, comme des ateliers de tissage ou de sculpture. Des initiatives agricoles, comme la culture d’amarante, soutiennent des familles déplacées, tandis que la marque Aruna allie production écologique et transmission de savoir-faire traditionnels.

 

Quelles sont vos perspectives pour 2026 ?

Nous souhaitons poursuivre l’accompagnement des jeunes entrepreneurs, notamment en zones rurales, avec un accent sur les industries créatives. Le programme continuera de proposer formations, mentorat, financements et opportunités de réseautage, tout en renforçant l’intégration de méthodes innovantes comme la ludification.

Finalement, à travers son programme d’entrepreneuriat, la Fondation KASA démontre que, même dans des contextes fragiles, l’initiative individuelle et collective peut devenir un puissant moteur de reconstruction, d’espoir et de transformation durable des territoires.

Pour visionner :

https://www.youtube.com/watch?v=RtjKk3Yqs5A&t=24s

https://www.youtube.com/watch?v=wp8xa0Vwo78