COP17 : qu’en disent les ONG locales? My Forest Armenia, six ans pour faire repousser les forêts arméniennes

André Gumuchdjian, Image : Civilnet

En marge de la COP17 qui vient de se terminer à Erevan, rencontre avec André Gumuchdjian, fondateur de My Forest Armenia, une ONG qui a déjà planté plus de trois millions d’arbres en Arménie. Derrière ce bilan encourageant se dessinent les défis du reboisement, du financement et de la préservation des espaces naturels.

 

Par Mattis Choquart  

Ce qui n’était au départ qu’une démarche personnelle est devenu My Forest Armenia, une ONG basée à Erevan, qui a planté ses premiers arbres à Shirakamut, dans la région du Lori, en novembre 2020. Six ans plus tard, l’organisation revendique plus de 3,2 millions d’arbres plantés, représentant quelque 960 hectares de nouvelles forêts. Rien qu’en 2025, plus de 720 000 arbres ont été mis en terre.

 

My Forest Armenia : d’une démarche personnelle à un projet collectif

Philanthrope et entrepreneur, André Gumuchdjian est issu d’une famille arménienne dont les quatre grands-parents sont originaires d’Istanbul. En 2019, il décide de s’engager dans le reboisement en Arménie, avec une idée simple : compenser sa propre empreinte carbone et contribuer à réparer les dégâts causés à l’environnement.

En 2018, à l’âge de 60 ans, il réalise son bilan carbone. Le résultat le surprend : 77 tonnes d’émissions par an, contre une dizaine en moyenne pour un Européen. « Je me suis dit que je n’avais pas le droit de dégrader la planète sans rien faire pour réparer les dégâts que j’avais causés », raconte-t-il.

Il commence alors par calculer le nombre d’arbres qu’il faudrait planter pour compenser ses émissions. Mais une autre question s’impose rapidement : que faire des soixante années précédentes ?

C’est ainsi qu’est née l’idée de My Forest Armenia. Un travail de longue haleine, dont les premiers résultats ont été salués en octobre 2025 par la reine Mathilde de Belgique, venue inaugurer l’une des forêts de l’association.

Mais le projet se heurte à plusieurs obstacles : un cadre législatif qui n’avait pas anticipé le développement d’initiatives privées de reboisement à grande échelle, des incendies qui ont endommagé certaines plantations à l’automne 2025 et des ressources financières reposant essentiellement sur les dons d’entreprises, de particuliers et de partenaires internationaux.

Le travail ne s’arrête d’ailleurs pas à la plantation. Pendant les deux ou trois premières années, les jeunes arbres doivent lutter contre les herbes qui poussent plus rapidement et risquent de les étouffer. L'entretien est donc indispensable à leur survie. Cet été, un groupe de scouts venus de Belgique a ainsi consacré une semaine à désherber autour des jeunes plants.

Les premiers arbres à dépasser deux mètres sont des poiriers sauvages plantés en 2021 à Shirakamut, selon le rapport annuel de l'association.

André Gumuchdjian ne se fait toutefois aucune illusion sur le temps nécessaire pour obtenir des résultats significatifs. Planter des arbres, c’est « mieux que rien », reconnaît-il, mais un arbre met environ vingt-cinq ans à absorber le carbone que nous émettons aujourd’hui. « Nous avons planté jusqu’à présent 3 200 000 arbres. Il faudrait en faire beaucoup plus, mais c’est ce que nous faisons », résume-t-il.

Le bilan se mesure donc à l’échelle de plusieurs décennies, bien au-delà des échéances politiques habituelles.

 

Ce qui freine le reboisement

Planter des arbres n'est que la moitié du travail. L'autre consiste à trouver les financements nécessaires. Et André Gumuchdjian ne cache pas les difficultés : « Nous fonctionnons entièrement grâce aux dons. »

Depuis peu, des institutions internationales ont commencé à soutenir financièrement l'association. Mais cette évolution ne simplifie pas nécessairement les choses. « C'est très compliqué, parce qu'elles sont parfois davantage préoccupées par la paperasse que par les résultats sur le terrain », estime-t-il, tout en reconnaissant la nécessité de justifier chaque dépense et de rendre compte de l'utilisation des fonds.

Les chiffres de 2025 illustrent cette dépendance. Selon le rapport annuel de l'association, My Forest Armenia a recueilli 872 806 dollars de contributions, dont 364 284 dollars provenant d'entreprises, 214 072 dollars de la coopération suisse et 154 173 dollars de particuliers.

À ces difficultés financières s'ajoutent les risques liés aux incendies. À l'automne 2025, plusieurs feux ont touché le nord de l'Arménie. Certaines plantations de l'ONG, notamment à Lernajur et à Urasar, ont été atteintes.

La situation est d'autant plus préoccupante que l'Arménie dispose d'un couvert forestier relativement limité. Selon les méthodes de calcul et les périmètres retenus, les estimations varient sensiblement : les chiffres officiels et les données internationales évoquent notamment une couverture de 11,2 %, tandis que certains travaux d'experts avancent des estimations plus basses, de l'ordre de 7 à 9 %.

Le pays s'est fixé pour objectif d'augmenter sa couverture forestière à 12,9 % d'ici 2030, ce qui nécessiterait de restaurer ou de créer plusieurs milliers d'hectares de forêts chaque année. Or, les moyens mobilisés restent encore éloignés de cette ambition.

À cela s'ajoutent les interrogations sur l'application des réglementations environnementales et les moyens accordés aux institutions chargées de protéger les espaces naturels.

Autre sujet de préoccupation pour André Gumuchdjian : la pression exercée par les activités minières. « Il y a un grand intérêt des compagnies minières en Arménie », observe-t-il.

Il cite notamment Teghut, dans le nord du pays, où l'exploitation minière aurait entraîné, selon lui, la destruction de 200 hectares de forêt. Il évoque également le projet aurifère d'Amulsar, particulièrement controversé, dont l'exploitation représente un potentiel économique considérable dans le contexte actuel des cours de l'or.

Mais le fondateur de My Forest Armenia, qui a lui-même commencé sa carrière dans la joaillerie, oppose à cette logique une autre priorité : « Avec le prix actuel de l'or, c'est Byzance ! Cela représente des revenus potentiels considérables. Cependant, j'ai davantage besoin d'air pur et d'eau pure que d'or. Ce n'est pas l'or qui me fera survivre. »

 

L'écart entre les engagements et la réalité du terrain

Pour André Gumuchdjian, les enjeux de la COP17 doivent être abordés avec réalisme. « Une COP, il n'y a pas de patron, pas de directeur. Tous les pays sont souverains », rappelle-t-il. Les négociations internationales reposent sur la recherche d'un consensus entre des États aux intérêts parfois divergents.

Parmi les engagements qu'il considère comme essentiels figure l'objectif adopté le 19 décembre 2022 à Montréal : protéger au moins 30 % des terres et des eaux de la planète d'ici 2030. « Je trouve que c'est une excellente mesure et nous devons tout faire pour la faire avancer », insiste-t-il.

Chaque pays doit ensuite traduire cet engagement mondial en objectifs nationaux. En Arménie, les aires naturelles spécialement protégées représentent actuellement 13,1 % du territoire, soit 386 355 hectares, selon les données du WWF Arménie. À ces espaces s'ajoutent les autres mesures de conservation efficaces par zone, désignées sous l'acronyme OECM, qui couvrent environ 4 à 5 % supplémentaires du territoire, selon les données retenues.

Le projet de stratégie nationale présenté en 2025 envisageait d'atteindre 30 % de surfaces protégées. Toutefois, le programme d'action pour la période 2026-2030 retient un objectif de 20 %. Selon les estimations de WWF Arménie, la trajectoire actuelle conduirait à une couverture globale d'environ 18,4 % en 2030.

Pour atteindre les 30 %, il faudrait donc identifier et protéger de nouveaux espaces, notamment des zones clés pour la biodiversité, des sites du réseau Émeraude et des forêts appartenant à l'État. Cela représenterait quelque 270 000 hectares supplémentaires.

Qu'est-ce qui freine cette progression ? Pour André Gumuchdjian, les difficultés sont à la fois financières et organisationnelles, mais témoignent également d'un intérêt politique encore insuffisant pour les questions environnementales.

Il rapporte notamment une proposition formulée par un vice-ministre : classer les forêts qui ne bénéficient pas encore d'un statut de protection, lesquelles représenteraient environ 5 % du territoire. Une telle mesure permettrait, selon cette hypothèse, de rapprocher le pays de son objectif de 30 %.

Il reste néanmoins conscient de l'ampleur du chantier : « Un pour cent du territoire, cela représente tout de même 30 000 hectares. Ce n'est pas rien ! »

Et encore faut-il que la protection soit effective. « Il ne suffit pas de classer des espaces. Il faut aussi qu'ils soient réellement conservés. Il existe des critères internationaux à respecter », souligne-t-il.

La question de la compatibilité entre la protection de la nature et l’exploitation des ressources reste également entière. Un rapport d'organisations environnementales soumis au Conseil de l'Europe relève notamment que la stratégie minière adoptée en 2023 permet, sous certaines conditions, des activités extractives dans des espaces protégés.

Interrogé sur l'idée selon laquelle les exigences environnementales seraient parfois perçues comme des contraintes imposées de l'extérieur, notamment par l'Europe, André Gumuchdjian ramène le débat à une question fondamentale : celle de la préservation des ressources naturelles et des conditions de vie des générations futures.

Ce qu'il attend de la COP17 tient finalement à une ambition : « Avoir 30 % du territoire en zones protégées est essentiel à la survie de l'ensemble de l'écosystème du pays. » Il espère donc que l'Arménie ira au-delà de son objectif actuel de 20 % et prendra des engagements plus ambitieux.

Et à quoi reconnaîtrait-il une COP réussie ? Sa réponse est sans détour : « Si tous les pays renouvellent leur engagement en faveur du 30x30, ce serait déjà une COP réussie. »

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