Aghavnavank, le monastère des colombes, avec les volontaires d’AVC

Certains itinéraires sont déjà tout tracés. D’autres nécessitent de couper à travers champs. Mais il en est d’autres qui, prévus sur un chemin borné, s’en écartent pour mieux apprécier la vue, pour rencontrer des compagnons de voyage, ou pour trouver nos propres réponses un peu à l’écart, seulement pour nous trouver plus complet à l’arrivée.

 

Vous vous doutez que ce fut le cas pour notre chemin vers Aghavnavank, avec mes compagnons de l’Armenian Volunteer Corps (AVC). Dans la vie comme dans les forêts du Tavouche, on a un chemin balisé, qu’on commence souvent par emprunter, avant d’atteindre un creux un peu trop calme à notre goût, et de finir par en dévier, plus ou moins tard, définitivement ou non. 

 

Dans notre cas, le voyage a commencé même avant les balises. Après un virage au flanc des montagnes recouvertes d’arbres caractéristiques du Tavouche, nous nous arrêtons avant un minuscule pont enjambant une rivière. Le guide nous demande de trouver le deuxième pont, enfin, le premier, le pont original. Quelques pas de côté, une sorte de chemin de mousse à côté du béton du pont neuf aux barrières en fer bleu, et on réalise la solidité des infrastructures centenaires de la Route de la Soie. 

 

«Il y a beaucoup de vestiges semblables à travers l’Arménie; Ils n’ont pas été préservés par volonté touristique, mais simplement par leur solidité» nous explique le guide, «on les retrouve un peu au hasard. Nous ne les avons pas référencés dans le pays, mais j’ai vu un site chinois qui les avait catalogués». 

 

Ce pont comme bien d’autres choses rappelle que la beauté est dans l'œil de celui qui voit, et que beaucoup de choses restent à faire, à construire ou à mettre en valeur sur le territoire. Et les volontaires d’AVC ont les yeux grands ouverts. Mais, revenons au début du chemin, qui d’ailleurs commença un peu plus tôt que prévu, le chauffeur ne souhaitant pas s’aventurer à l’orée du bois. 

Mal lui en pris, ou peut-être souhaitait-il rester devant les montagnes ouvertes ?

 

 

Notre caractère citadin, tout cas le mien, m’avait poussée à empaqueter polaire et doudoune, écharpe et bonnet, m’imaginant des forêts fraîches et humides. J’eus bien évidemment tort.

 

 

C’est un nid vert qui nous accueillit. 

 

Aghavni, en arménien, signifie «colombe». Alors Aghavnavank serait le monastère des colombes, et tirerait son nom de l’époque des invasions, quand au lieu de payer un tribut aux envahisseurs pour espérer que le village soit épargné, son chef leur aurait proposé un marché : le nombre de personne qui tiendrait entre les quatre murs du monastère serait sauvé. Je vous laisse juger par vous-même de la taille du bâtiment.

Alors bien évidemment, les envahisseurs acceptèrent. 

Mais ils n’étaient pas familiers de la magie des forêts de Tavouche : chacun des habitants entra dans le monastère, mais celui-ci ne fut jamais trop plein. Tous se transformèrent en colombe, tous s’envolèrent et tous furent sauvés. 

Leurs ailes durent battre longtemps et répandre de la lumière aux alentours, et plus loin aussi, jusqu’à rassembler des volontaires de divers horizons sous les cimes de la forêt entourant le monastère, chacun avec son chemin.

 

Certains sentiers bouclent et repartent.

«Je voulais comprendre comment fonctionnait le système de marquage, pour pouvoir faire des randonnées toute seule plus tard » m’expliqua d’abord une volontaire canadienne, maman d’une ancienne volontaire de ma promotion, avec qui nous avions vécu à Gyumri à la même époque l’année dernière.

 

D’autres suivent de loin des balises du chemin principal. 

«Je voulais m’éloigner de la ville, sentir la mousse sous mes pieds, l’air pur du Parc National de Dilidjan» raconte un volontaire iranien d’origine arménienne, pieds nus sur le sentier.  Il s’éloigna régulièrement du groupe pour observer les champignons et les micro-organismes du bas-côté « pour avoir une petite idée de la biodiversité du lieu », explique le biologiste. 

Il est rejoint par Siroune, Française de même origine que lui, spécialiste environnementale : «nos forêts sont très sèches en France, ici, notamment grâce à l’altitude le sol est meuble et humide». Je laisse les deux camarades, aux racines communes, aux troncs éloignés mais dont les branches se sont retrouvées dans cette forêt méconnue, grâce à AVC.

 

 

D’autres savent s’émerveiller sans avoir à quitter le chemin.

«J’ai l’impression que partout où on va, il y a beaucoup de choses à découvrir et beaucoup de choses à apprendre. Et surtout l’endroit où on était Ava… Ravna… Aghavnavank (...) moi je ne connaissais pas, j’ai cherché quoi faire en Arménie avant de venir, mais jamais je n’y serais allée si on ne m’avait pas fait faire une randonnée là-bas, donc trop bien » confie Ophélie, aux racines d’ailleurs, mais dont les branches se sont aussi harmonisées avec celles de Dilijan, de Siroune et du biologiste. 

 

Les ramifications se font naturellement, entre les arbres et la terre, grâce aux mains habiles des jardiniers d’AVC et de HikeArmenia, associations sœurs qui cultivent ces liens, entre personnes et territoires, offrant la possibilité à tous, indépendamment de leurs racines ou de leur tronc, de se retrouver sous le feuillage arménien, pour arpenter ses sentiers, en créer de nouveaux, mettre en valeur les héritages de la Route de la Soie, ou simplement marcher pieds nus vers le monastère des colombes. 

 

 

 

 

40.721578, 45.094367

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