Plácido Domingo rend hommage à Gegham Grigoryan sur la scène de l’Opéra d’Erevan
À l’occasion du 75e anniversaire de la naissance du ténor arménien Gegham Grigoryan, décédé en 2016, un concert de gala lui a été consacré le 16 octobre à l’Opéra national d’Erevan. Plácido Domingo, invité d’honneur, s’y est produit aux côtés de sa fille, la soprano Hasmik Grigoryan, et de son fils, Vardan Grigoryan, à la direction musicale et orchestrale.
Par Lucie Kaprielian
Deux jours avant le concert, l’Opéra national académique d’opéra et de ballet Alexandre-Spendiarian a accueilli une conférence de presse réunissant Plácido Domingo, les enfants du chanteur disparu, Hasmik et Vardan Grigoryan, le directeur de l’Opéra, Karen Durgaryan, ainsi que la ministre arménienne de l’Éducation, des Sciences, de la Culture et des Sports, Zhanna Andreyasyan.
Préparée avec le soutien du ministère, la soirée a rassemblé des membres de la famille du ténor, d’anciens élèves et plusieurs artistes lyriques de renommée internationale. Plácido Domingo en était l’invité d’honneur. La soprano Hasmik Grigoryan devait partager la scène avec lui pour la première fois, tandis que son frère, Vardan Grigoryan, assurait la direction musicale et orchestrale.
Une soirée portée par la famille
Arrivé à Erevan aux premières heures de la matinée, Plácido Domingo s’est dit très heureux de revenir en Arménie pour la deuxième fois. Fatigué par le voyage, il a répondu avec humour aux journalistes qu’il serait « bien meilleur » le lendemain, après quelques heures de repos.
Le ténor espagnol a également évoqué son amitié et sa collaboration avec Gegham Grigoryan, dont il a salué la « voix merveilleuse », en rappelant notamment ses prestations au Metropolitan Opera de New York et à la Scala de Milan.
Pour Hasmik Grigoryan, cette soirée revêtait une signification toute particulière : elle devait partager la scène avec le maestro pour la première fois, après un projet commun longtemps repoussé. « Ce n’est pas seulement un concert, c’est l’histoire de notre famille qui sera racontée sur la scène de l’Opéra », a-t-elle déclaré, remerciant le ministère, les équipes techniques et artistiques ainsi que la productrice à l’origine du projet.
« Un rayon de soleil »
Évoquant le père qu’était Gegham Grigoryan, la soprano a décrit, avec émotion, un homme « simple », « comme un rayon de soleil », qui lui a transmis la double culture dont elle est aujourd’hui fière : arménienne et lituanienne. Elle a surtout retenu de lui une leçon de vie : si la musique et la carrière comptent, l’essentiel reste de demeurer humain et de vivre pleinement, de tout son cœur.
Elle a également raconté un souvenir familial lié à la cuisine. Son père avait l’habitude de chanter en préparant les repas, convaincu que son chant se transmettait aux plats. Même de simples pommes de terre frites avaient, selon elle, une saveur singulière, impossible à reproduire, parce qu’il « mettait tellement de lui-même dans chaque plat ».
Hasmik Grigoryan a aussi évoqué un souvenir marquant de ses débuts : il y a une vingtaine d’années, son père, alors metteur en scène, lui avait annoncé qu’elle interpréterait l’opéra Anouch dix jours plus tard, alors qu’elle ne savait pas lire l’arménien. Elle avait relevé le défi et intègre depuis l’air d’Anouch à tous ses programmes de concert. Elle a ajouté qu’elle se sentait toujours arménienne, bien qu’elle n’ait pas grandi dans le pays.
Vardan Grigoryan, pour sa part, décrit l’Opéra d’Erevan comme une « seconde maison », où son père demeure présent dans ses souvenirs d’enfance. Il a également rappelé la différence entre l’artiste sur scène et l’homme qu’il était dans l’intimité familiale.
« L’art ne connaît pas de frontières »
La ministre Zhanna Andreasyan a souligné l’importance de rendre hommage aux grands artistes, dont l’héritage spirituel constitue, selon elle, un « phare » pour la société. Alors qu’Erevan accueillait la COP17, elle a estimé que ce concert contribuait à faire de la capitale un haut lieu de la musique classique internationale.
Elle a également insisté sur l’occasion offerte aux jeunes artistes de partager la scène avec des personnalités de renommée mondiale. À ses yeux, cette rencontre illustre le développement de la coopération culturelle internationale : « L’art ne connaît pas de frontières et nous unit autour de valeurs communes. »
Karen Durgaryan, directeur de l’Opéra, a remis des médailles commémoratives à Plácido Domingo et à Hasmik Grigoryan. Il a par ailleurs plaidé pour la création d’un concours ou d’un festival international portant le nom de Gegham Grigoryan, qu’il considère comme l’un des artistes ayant ouvert la voie aux jeunes talents vers les grandes scènes lyriques.