« La lumière du Noir & Blanc m’inspire » : Toros Aladjajian, exposé à Erevan
Du 11 septembre au 11 décembre 2026, le Contemporary Art Centre (Hay Art Centre) d’Erevan ouvre ses portes à une exposition qui met en valeur le travail de Toros Aladjajian, grand tireur de la photographie argentique en noir et blanc et fondateur du laboratoire TorosLab.
Par Lucie Kaprielian. Crédit photo : Lucie Kaprielian
LED multicolore allumée au rez-de-chaussée, buffet en cours de préparation, invités qui commencent à affluer... Alors que les visiteurs curieux montent les escaliers du Contemporary Art Centre d’Erevan vendredi 11 septembre, au premier étage s'ouvre une exposition unique consacrée au maître tireur de la photographie argentique noir et blanc, Toros Aladjajian. Intitulée « La lumière du Noir & Blanc m'inspire », elle réunit 55 photographes et 114 photographies en noir et blanc, toutes choisies pour mettre en lumière le travail du fondateur de Toroslab.

Sur les murs, les noms de photographes et leurs œuvres défilent les uns après les autres comme un générique de film sur l’histoire de la photographie du XXème siècle. Parmi eux, on retrouve : David Lynch, Robert Doisneau, Henri Cartier-Bresson, René Burri et beaucoup d’autres. Tous sont des photojournalistes, des portraitistes, des artistes. Tous ont des styles qui leur sont propres, des générations et des origines qui n’ont rien à voir. Le seul point commun qui les réunit et qui explique la présence de ces photos, c’est qu’ils ont tous un jour confié leurs photos aux mains de Toros Aladjajian.
Considéré comme l’un des plus grands tireurs de la photographie argentique, il est celui qui a longtemps travaillé dans l’ombre dans sa pièce favorite : la fameuse chambre noire qui permet de donner vie à ces clichés aujourd’hui présentés.
Le maître tireur et chef d’orchestre
Toros Aladjajian n’est pas né maître tireur. Il l’est devenu. Fils de deux orphelins du génocide des Arméniens, il a grandi dans le quartier arménien de Jérusalem. C’est là-bas qu’il tombe amoureux à 14 ans de la photographie et qu’il se fascine pour une image qui s’imprime sur une feuille de papier.
S’il apprend d’abord le métier auprès des photographes de son quartier, il part ensuite en Europe, en passant par Londres puis Paris. C’est dans la ville de l’amour qu’il fait la connaissance d’Andreas Manoukian, collaborateur du fondateur du laboratoire Pictorial Service, Pierre Gassman, qui va lui permettre d’entrer dans ce même laboratoire. C’est là-bas qu’il fait ses premiers pas en tant que tireur avant de prendre son indépendance et de fonder « TorosLab », son propre laboratoire, en 1984.
Faire un métier-passion n’est pas donné à tout le monde. Pourtant, Toros Aladjajian ne s’en est jamais lassé. Son travail, il le compare à celui d’un chef d’orchestre : « la partition existe, les musiciens savent jouer, mais c’est le chef qui interprète à sa façon. Pour la photographie, c’est exactement pareil, le tireur doit trouver la bonne valeur de l’image, avec la maîtrise de la technique, mais le plus important, c’est le dialogue avec le photographe, il faut comprendre son image et ce qu’il désire exprimer ». Un travail pas comme les autres qui demande beaucoup de minutie et de technique, et qui, aujourd’hui, est mis en valeur grâce à cette exposition.

Robert Doisneau (Baiser de l'Hôtel de Ville) ; Marc Riboud (La fille à la fleur)
Une soirée qui met en avant les liens franco-arméniens
C’est une douce soirée qui s’est écoulée vendredi dernier, à l’occasion du vernissage. L’ouverture de l’exposition a rassemblé un public nombreux. Dans la salle circulaire, deux présences se démarquent : d’abord celle du maître tireur, mais aussi celle du nouvel ambassadeur de France en Arménie, Florian Escudié.
Une semaine après avoir pris ses fonctions, ce dernier affirme être honoré de couvrir sa « première manifestation culturelle » en Arménie. Il est notamment venu souligner la dimension symbolique de l’événement : « Cette soirée illustre l’intensité des liens qui unissent la France et l’Arménie. Car oui, dans les relations entre nos deux pays, la culture et les artistes occupent une place essentielle. ».

De gauche à droite : Florian Escudié, Sona Harutiunyan et Toros Aladjajian
Il remercie notamment HayArt et sa directrice, Sona Harutiunyan, pour l’accueil de cette exposition. « Je sais combien vous êtes engagées depuis de nombreuses années […] en faveur du développement avec la France. Déjà avec la gravure, puis le projet avec la Friche de la Belle de Mai et aujourd’hui cette exposition. Ce sont autant d’initiatives qui témoignent de votre énergie et de la constance de votre organisme », explique-t-il.
Le Contemporary Art Center sert notamment de plateforme pour tisser des liens entre la scène artistique arménienne et la création internationale, incluant des projets menés avec de nombreux partenaires. Ces projets évoqués par Florian Escudié illustrent la continuité dans laquelle s’inscrit cette exposition, permettant d’observer, dans la capitale de l’Arménie, un pan de la photographie à la fois française et internationale.
La photographie à l’image d’un « bouquet »
Pour Toros Aladjajian, lui-même très ému, la soirée fut l’occasion de revenir sur son attachement à la France et à Paris, mais aussi sur la richesse d’un monde de la photographie qu’il décrit comme traversé de toutes les nationalités. Pour lui, c’est à l’image d’un bouquet où « aucune fleur ne ressemble à une autre » car « chaque fleur a sa présence, son parfum ».
Les discours sont terminés. Le buffet, désormais prêt, attend les invités. Dehors, la nuit est tombée progressivement à Erevan. Quelques invités viennent saluer le nouvel ambassadeur français et le maître tireur tandis que d’autres se promènent encore dans la galerie à observer chaque photographie collée au mur. La soirée se poursuit tout comme l’exposition qui met en avant jusqu’au 11 décembre prochain le travail d’un homme qui a mis au monde les négatifs des plus grands photographes.