Arman Tadevosyan, portrait d'un artiste arménien et diasporique

Arman Tadevosyan, devant ses tableaux intégrés à la collection permanente du Musée d’Art Moderne d’Erevan

Arman Tadevosyan fait partie des trois artistes exposés jusqu’au 6 novembre au musée-institut Komitas à Erevan. Rencontre avec cet artiste plasticien qui vit entre Gyumri et Nancy.

 

Par Elsa Yegavian

 

Avec sa chemise à carreaux et son écharpe vermillon, Arman Tadevosyan ne passe pas inaperçu dans les rues de Gyumri. Il arpente les allées de cette ville qui l’a vu grandir, avant qu’il ne s’installe en France, à Nancy, il y a 16 ans. L’artiste plasticien est l’un des trois artistes qui participent à l’exposition “Eden”, disponible jusqu’au 6 novembre au musée-institut de Komitas à Erevan.

 

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Arman Tadevosyan a reçu sa formation artistique à l’école des Beaux-Arts de Gyumri.

 

De retour en Arménie pour cette occasion, Arman Tadevosyan tente de passer le plus de temps possible dans sa maison natale, dans la région de Shirak. Il est dans son élément à Gyumri, dans “la ville aux mille métiers, la ville d’art”, comme il la décrit. Par son dialecte, par ses bâtiments, par ses habitants, Gyumri a une identité forte. “On est connus pour notre fierté de Gyumretsi, et surtout pour notre humour”, dépeint l’artiste. Un sens de la plaisanterie qui transparaît dans les toiles d’Arman Tadevosyan, à l’instar de son exposition actuelle. Dans ce projet, les humains sont absents, à l’exception du premier tableau qui représente Adam et Ève. “J’ai fait une petite blague pour dire que dès que l'être humain est arrivé sur Terre, il a tellement embêté tout le monde qu'après, c'est le bordel et qu’il n’y a plus rien”, plaisante Arman. 

 

Inspiration de souvenirs arméniens

 

Quand Gyumri n’est pas une référence directe, l’Arménie continue de façonner sa manière de créer. Arman Tadevosyan trouve des idées dans les éléments qui l’entourent. Parmi eux, les églises arméniennes. Les fresques peintes sur les murs des édifices religieux, souvent altérées par le temps, l’animent. “Des fois, on voit juste quelques couleurs qui restent. Et si tu regardes mes peintures de près, surtout des grands formats, tu vas trouver cet aspect d'effacement”, décrit l’artiste. Le plasticien invite les visiteurs à chercher les formes suggérées et à se perdre dans ses toiles.

 

L’artiste reste fidèle à la peinture à l’huile, même sur des grands formats.

 

“Les sujets ne sont pas imposés à l'œil du regardeur”, commente Emmanuelle Costet, commissaire de l’exposition et compagne d’Arman Tadevosyan. La disparition des couleurs est intégralement volontaire, pour provoquer le sentiment d’une renaissance. C’est d’autant plus flagrant sur le tableau des oiseaux. Une toile nébuleuse, aux couleurs superposées, sur laquelle s’envolent des silhouettes d’oiseaux. Ces volatiles n’ont rien du hasard : une nouvelle fois, Arman Tadevosyan puise dans la culture arménienne et peint l’oiseau du conte Hazaran Blbul. 

 

… Mais futur diasporique

 

Depuis 16 ans, la vie d’Arman Tadevosyan alterne entre Nancy et Gyumri, entre la France et l’Arménie. Une situation qui le pousse à regarder son pays d’origine sous un autre prisme. “En vivant en diaspora, tu idéalises ton pays natal, ses terres. Tu sors de problématiques quotidiennes banales et tu vois l'ensemble des choses avec des lunettes très colorées, très idéalistes », se confie-t-il. Alors, il cherche de nouvelles manières de se reconnecter à ses racines, quitte à imaginer ses souvenirs : “J'imagine des silhouettes, des paysages imaginaires. À Nancy, je ne vois pas de montagnes comme je pourrais les voir ici, en Arménie, de ma fenêtre, alors je commence à les fantasmer. C’est une sorte de processus thérapeutique.”

 

Le plasticien s’était d’abord présenté comme un artiste de Gyumri vivant en France. Mais au fil des discussions, les phrases se nuancent. “Je ne me considère pas encore comme un artiste diasporique, mais presque, avec les années qui passent. Je garde un pied en Arménie mais je vis en France. Et plus je passe de temps là-bas, plus je rentre dans la case d’artiste diasporique. Malheureusement ou heureusement », avoue Arman Tadevosyan. 

 

La prochaine étape pour l’artiste est de faire rayonner sa ville natale à l’international. Arman Tadevosyan prépare une exposition à l’occasion de l’Événement Photographique de Nancy en avril 2027. Il y présentera ses photos de la “ville fantôme”, entre la vieille ville de Gyumri et le quartier émergent Ani.

 

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