Golden Apricot 2026 : Serouj Hovsepian, la révélation d'un cinéma intime

Arts et culture
24.07.2026

Bien que les salles ne se ferment pas de manière définitive, les films du festival Golden Apricot, eux, quittent enfin les salles érévanaises. Si les longs-métrages ont trôné sur ce festival, les courts-métrages ont aussi mérité une place importante au sein de ce séisme cinématographique qu’a été le Golden Apricot. Les courts-métrages se sont vu accorder un podium à part entière, dont le premier prix a été remporté par Serouj Hovsepian, cinéaste d’adoption parisienne, avec son œuvre Dialogues solitaires. Ce court-métrage de quelque vingt minutes gravite autour de trois garçons enchâssés dans une logique d’amour inatteignable. Aren (Vincent Pasdermadjian) désire ardemment son ami Van (Bleu Binet), lequel pourchasse une fille appelée Léa. Toujours Aren est l’objet du désir de Théo (Victorien Bonnet) qu’il revoit par hasard un soir dans un local parisien et en profite pour revenir sur le beau vieux temps passé ensemble. Le Courrier d’Erevan s’entretient avec Serouj Hovsepian pour éclaircir certains sujets émergés dans le court-métrage et comprendre quels projets prépare ce cinéaste prometteur.  

 

Par Francesco  Radicioli Chini

 

Courrier d’Erevan (CE) : Pourriez-vous, tout d’abord, vous présenter en mettant en exergue vos études et votre passion pour le cinéma ?

Serouj Hovsepian (SH) : Je m’appelle Serouj Hovsepian, je suis né à Beyrouth, au Liban, dans une famille arménienne, et je vis à Paris depuis bientôt quatre ans. Mon rapport aux arts a commencé très tôt, d’abord par la danse, dès l’âge de cinq ans, puis par le piano et le théâtre. Peu à peu, j’ai compris que toutes ces disciplines pouvaient se réunir dans une et même forme d’art, le cinéma. Après le lycée, j’ai commencé une licence de cinéma à Beyrouth. Je suis ensuite parti à Prague, à la FAMU, où j’ai écrit et réalisé mon premier court métrage, Nahabed. Après une année passée en Arménie, je me suis installé en France en 2022 afin de poursuivre un master de Cinéma en réalisation et création à l'Université Paris 8.

 

CE : Vous considérez-vous plutôt comme étant franco-libanais ou plutôt arméno-libanais ?

SH : Je dirais plutôt libano-arménien qui vit à Paris.

 

CE : Nous aimerions revenir sur le titre de votre court-métrage qui a remporté le prix de cette catégorie. Le titre est, si l’on veut, un peu oxymorique car les dialogues, pour être tels, ne doivent pas être solitaires. Il n’a pas été question, pendant le film, d’écouter un soliloque. Comment avez-vous donc abouti à ce titre ?

SH : Le titre est l'un des éléments du film et du scénario qui n'a pas bougé depuis la première version. Malgré quelques autres options, l’on a préféré garder le titre actuel. Dès le début, je voulais faire un film porté avant tout par les acteurs et par la parole. Les dialogues et le jeu constituent donc une matière essentielle du film, davantage que les artifices de mise en scène. 

 

CE : Et pourquoi ces dialogues seraient-ils solitaires ?

SH : Même si les trois personnages se parlent, se confrontent, se répondent ou se taquinent, il s’agit moins de véritables dialogues que de monologues intérieurs finalement adressés, voire confiés, à l’autre. Aren, par exemple, se confie à Théo pour se confier, en fin de compte, à lui-même. L’autre devient davantage un miroir qu’un véritable interlocuteur. En exprimant ses pensées à voix haute, Aren cherche d’abord à confesser quelque chose qu’il avait besoin d’extérioriser, mais aussi et surtout à s’entendre lui-même.

 

 Un extrait du court-métrage où Aren (derrière, Vincent Pasdermadjian) parle à Van (devant, Bleu Binet)

 

CE : A-t-il été compliqué, compte tenu du sujet et du pays dans lequel vous avez présenté votre court-métrage, de proposer un produit pareil à un public arménien ? Des réticences seraient survenues ? 

SH : Je voulais beaucoup envoyer le film au Golden Apricot, car c’est un festival qui me tient particulièrement à cœur et que j’ai toujours aimé fréquenter depuis longtemps. Le doute persistait cependant : le public arménien sera-t-il réceptif ? Accueillera-t-il bien le film ? Je rappelle que le festival est très ouvert d’esprit, donc la question peinait à se poser véritablement. Ceci dit, l’homosexualité est le cadre et non pas le sujet principal du film. Je considère que Dialogues Solitaires est avant tout un récit intime, guidé par les émotions. Le film parle d’amour, ou plutôt d'illusion amoureuse, de désillusion, de désir et de vulnérabilité.  L’homosexualité en constitue effectivement le cadre, sans être l’essence du récit. Je pense, ou du moins, j’espère que l’histoire est universelle.

 

CE : Y a-t-il eu des commentaires surprenants face à votre film ? 

SH : Pour l’instant, je n’ai reçu aucun retour négatif, bien au contraire. Les programmateurs et l’équipe du festival ont été très accueillants, et j’ai surtout été ému de voir à quel point certains spectateurs, avaient été touchés par le film et se reconnaissaient tant dans l’histoire que ses personnages.

Ceci dit, je ne serais pas étonné d’apprendre que certains spectateurs éprouvent des réticences face à la dimension homosexuelle du film. Mais, pour l’instant, les retours sont positifs, tant sur le film lui-même que sur l'importance de cette représentation dans le contexte arménien. Et c’est cela qui compte !