KASA s’engage pour le tourisme en Arménie

Le Courrier d’Erevan s’entretient avec Azniv Aslikyan et Astghik Nikolyan qui sont en charge du tourisme au sein de la Fondation KASA. La première œuvre à Erevan pour organiser des circuits et guider des voyages en Arménie et dans les pays limitrophes. La deuxième s’active à l’échelle régionale dans la ville de Gumri, capitale du Shirak, pour y accueillir des touristes et des groupes.  

Rappelons que, fondée en 1997 en Suisse, KASA, inscrite comme fondation en Arménie, vise à soutenir les Arméniens qui s’engagent démocratiquement dans la vie économique, sociale et culturelle de l’Arménie pour contribuer au développement durable de leur pays au lendemain du séisme de 1998. 

 

Par Francesco Radicioli Chini

KASA entre Erevan et Gumri

Azniv Aslikyan, guide touristique professionnelle et auto-entrepreneuse, se considère comme « l’une des anciennes de KASA », vu qu’elle y a assumé une large palette de responsabilités au cours des années. Ses premiers contacts avec KASA remontent à 2002 :  encore étudiante à Vanadzor, elle animait des ateliers de conversation française à Gogaran, village sinistré par le tremblement de terre de 1988, dont KASA avait reconstruit l’école. En 2012, elle est devenue responsable du développement du tourisme au sein de KASA et a élargi l’éventail des circuits possibles, afin d’attirer davantage de voyageurs.

 

« J’ai proposé un tourisme avec des itinéraires thématiques variés afin que l’Arménie ne soit plus considérée uniquement comme un pays d’églises et de monastères. ». 

 

C’est ainsi que KASA met sur pied des circuits personnalisés à la découverte du pays, avec trois programmes phares : « l’Arménie classique » d’une dizaine de jours, un « Pèlerinage en Arménie » de dix jours, un parcours alliant Géorgie et Arménie en deux semaines. Mais aussi plusieurs autres possibilités d'extension vers la Géorgie, l'Iran ou l’Anatolie orientale. Les voyages sont conçus sur mesure selon les envies de chacun, avec des approches thématiques autour de la géologie, de la botanique, de l’ornithologie, de l’archéologie, de l’œnologie, de la gastronomie et de la culture. Et avec des formules variées, allant de la randonnée pédestre ou à vélo à l'immersion culturelle, en passant par la cure thermale ou les voyages associatifs, y compris pour les familles. Actuellement, l’originalité de KASA réside dans la richesse de son offre en dehors des sentiers battus pour valoriser à plus petite échelle les initiatives locales. 

Pour faire connaître la richesse de l’Arménie, Azniv, avec le soutien financier et logistique de KASA, se déplace souvent en Suisse ou en France.  Elle y organise des rencontres ou des conférences grâce à son réseau de connaissances et d’amis. Les résultats sont certes encore modestes dans la mesure où KASA possède des moyens limités par rapport à de grandes agences. Néanmoins Azniv Aslikyan souligne que « KASA joue un rôle important pour promouvoir l’Arménie comme un pays varié et sûr. Elle propose des circuits qui permettent de découvrir les valeurs arméniennes sous différents aspects et encouragent la création de liens solidaires entre les voyageurs et les Arméniens ». Elle conclut en rappelant que « chaque voyageur devient un transmetteur de valeurs car il rencontre l’habitant, le soutient et connaît l’Arménie de manière réelle et concrète ».   

L’activité touristique de KASA se déploie aussi à KASA Gumri, dont Astghik Nikolyan est responsable.  

 

« Le tourisme constitue notre volet d'entrepreneuriat social. Pour ce faire, depuis quelques années, nous accueillons dans notre B&B des groupes de travail et de formation, ainsi que des touristes. C’est en 2018 que nous avons eu l’idée de créer un complexe hôtelier de neuf chambres, qui permet de générer des revenus pour financer nos différents projets éducatifs ». 

 

De surcroît, l’activité de KASA contribue à l’essor de la région grâce au réseau de partenariats que la fondation entretient avec des cafés ou restaurants locaux, sans oublier l’offre concernant certains musées et d’autres acteurs importants de la ville. 

Les projets touristiques réalisés par KASA visent ainsi à améliorer le tourisme local, longtemps parent pauvre. « Notre région [le Shirak, NDLR] est relativement négligée dans les offres touristiques. Depuis 2009, nous organisons des formations de guides touristiques ciblant le Shirak mais aussi toute l’Arménie.  Par ailleurs, nous avons remarqué qu’il n’y a pas d’offre ciblant les familles avec enfants, d’autant que les enfants sont assez peu sensibles au tourisme traditionnel. Pour y remédier, nous avons créé des programmes touristiques culturels et ludiques, très engageants pour les familles et surtout pour les plus jeunes, dans lesquels ces derniers deviennent des participants actifs. Nous avons notamment conçu des jeux de piste innovants qui permettent aux enfants et aux jeunes de découvrir la région, et tout particulièrement Gumri, d'une toute nouvelle manière, car ils transforment la visite en une véritable aventure : au lieu d'écouter passivement une présentation, les jeunes enquêtent, se plongent dans l'histoire locale, découvrent des récits captivants — comme ceux des anciennes dynasties de la ville — et s'approprient le patrimoine de façon dynamique. C'est une approche qu'ils adorent, car ils apprennent tout en s'amusant. » 

A la question de savoir si l’Union européenne finance certaines initiatives, Astghik nous répond que « nous ne percevons pas de financements directs de la part de l’Union européenne ; seules des aides ciblées nous sont parvenues pendant le confinement afin de financer la création de jeux de piste ». 

Concernant les relations entre l’association suisse de KASA et les deux centres de la Fondation en Arménie, Astghik nous confirme que les responsables suisses effectuent des déplacements réguliers en Arménie et nous précise que KASA s’est construite grâce aux voyageurs qui ont été sensibilisés à la réalité arménienne : « Je rappelle que les fondateurs de KASA vinrent pour la première fois en Arménie en 1997, à une période très difficile pour le pays.  Par la suite, depuis son siège suisse, KASA organise régulièrement des voyages en Arménie pour des Suisses et des Français ». 

Au final, les deux responsables convergent sur la nécessité de prévoir de nouvelles activités, par exemple pour promouvoir le tourisme en hiver – Astghik Nikolyan propose ainsi de tenir des festivals thématiques– et d’améliorer les infrastructures à l’échelle régionale : « à Gumri et dans les alentours, plusieurs routes sont en réfection, alors que d’autres attendent toujours de l’être ». 

la récolte

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