Du nouveau dans le ciel arménien : un aéroport international dans le Syunik

Economie
23.01.2026

Après des années de travaux et de discussions sur la faisabilité du projet, l’aéroport de Kapan, dans la région du Syunik, s’internationalise. Il ne pouvait alors recevoir que des vols intérieurs, ou des vols internationaux irréguliers. Après l’ouverture à l’international de l’aéroport de Gyumri, en 2025, les dynamiques croissantes du tourisme et des investissements dans la région de la route Trump se rencontrent à Kapan.

 

Par Camille Ramecourt

Cet aéroport soviétique réhabilité a été officiellement ouvert dans les années 1970. Il était alors conçu comme un moyen de relier la province la plus au sud de l’Arménie à la capitale. Il accueillait des liaisons quotidiennes, malgré une géographie pouvant être compliquée pour les pilotes. Après la chute de l’URSS et la guerre du Haut-Karabagh, la liaison a été rompue et l’aéroport est tombé en déshérence. Resté du côté arménien, il se trouve toutefois à proximité de l’Azerbaïdjan, ce qui peut présenter des risques, sa piste longeant la frontière à seulement 190 mètres de la ligne de démarcation.

Les discussions autour de sa réhabilitation ont commencé en 2013, mais les travaux de rénovation n'ont débuté qu'en 2017. Plus de 2,3 milliards de drams (5,2 millions d'euros) ont été investis.  Le projet se voulait international et a été certifié conforme aux normes de l’aviation civile en 2020. En 2023, les premiers vols intérieurs ont été effectués depuis plus de 30 ans (à l’exception d’un vol privé en 2017), et l’aéroport a obtenu le code YUK de l'Association du transport aérien international, ce qui lui permet désormais de recevoir des vols internationaux réguliers. 

 

Le Premier ministre Nikol Pachinyan a effectué le premier vol officiel le 17 août 2023, avant l’ouverture des liaisons au public. Le lendemain, des tirs provenant du territoire azerbaïdjanais ont visé l’aéroport, occasionnant quelques dommages matériels. Depuis, rien n'a été noté et le calme semble être revenu, ce qui pourrait être durable dans le cadre du processus de normalisation des relations entre les deux pays.

 

Cependant, un aéroport ne devient pas international du jour au lendemain. L’aéroport international de Zvarnots, à Erevan, est géré par la société de l’homme d’affaires arméno-argentin Eduardo Eurnekian, par le biais d’une concession stipulant qu’aucun autre aéroport international ne devait voir le jour dans un rayon de 250 km autour de celui-ci (un rayon couvrant ainsi toute l’Arménie). 
 

La demande et les limites à son ouverture à l’international

Les limites imposées par la concession et propres à Kapan étaient connues de tous, ce qui a suscité de sérieuses réserves quant à la volonté des acteurs politiques et privés de transformer Kapan en un aéroport international. 

En 2024, le ministre de l’Administration et de l’Infrastructure territoriales, Gnel Sanosyan, affirmait que l'objectif principal était de faire de Kapan un hub régional, voire international, et d'atteindre les 10 millions de passagers annuels en Arménie. Il notait l’essor des vols sur tout le territoire, notamment à la suite de 2022 et des redirections de trajets pour éviter l’espace aérien russe. En 2023, les aéroports d'Erevan et de Gyumri ont enregistré une hausse de leur trafic passager, avec plus de 5 millions de voyageurs. 

Gyumri est un aéroport semi-international : il est prévu dans la concession qu’il n’accueille que des vols en provenance de la Communauté des États indépendants. Il ne devait pas non plus devenir un aéroport pleinement international, conformément aux termes du contrat de 30 ans, bien qu'il soit géré par la même société que l'aéroport de Zvartnots à Erevan.

Cependant, la demande est forte pour cet aéroport de Syunik. Il n’accueille pour l’instant que des avions de 17 places, mais la fréquence de ses liaisons avec Erevan est passée de 3 vols hebdomadaires en 2024 à 5 en 2025, et il pourrait desservir les villes de la région, comme l’avaient déjà souhaité des officiels iraniens par le passé.  
 

La négociation et la concrétisation du projet

Le 22 janvier dernier, un amendement à la concession a enfin permis à l’aéroport de Kapan d’accueillir des vols internationaux réguliers, tout en dévoilant un important programme d’investissements. Le concessionnaire prévoit d'investir 425 millions de dollars pour augmenter les capacités de transport de voyageurs et de marchandises des aéroports de Gyumri et d’Erevan. L’aéroport de Kapan est également passé sous la gestion de la société d’Eurnekian.
En échange, la durée de la concession est prolongée jusqu’au 31 décembre 2067. Si, pendant cette période, le nombre de passagers diminue pendant deux années consécutives pour passer sous la barre des 4 millions de passagers par an, le gouvernement devra compenser le concessionnaire en adaptant les droits de douane sur trois ans. 

 

On peut toutefois douter que l’aéroport international de Kapan contribue autant que les aéroports internationaux d’Erevan et de Gyumri, en raison de la taille limitée de son infrastructure, mais une demande existe. En juillet 2025, Karen Vardanyan, son directeur, indiquait que les vols étaient complets un mois à l’avance, avec de nombreux passagers internationaux à bord. 

 

Au vu des chiffres avancés par Gnel Sanosyan et de l’essor du tourisme en Arménie, cette ouverture à l’international semble pertinente et il est envisageable que l’aviation arménienne reste au-dessus du seuil des 4 millions de passagers. Le lancement de vols internationaux hors CEI par l’aéroport de Gyumri en 2025 n’a fait qu’accentuer cette tendance.