Les dix ans de l’Association Filmadaran et les cinq ans du Ciné-Club franco-arménien : un pont cinématographique entre la France et l’Arménie

Arts et culture
23.02.2026

C’est dans l’atmosphère lumineuse et chaleureuse de l’hôtel Silk Road que l’équipe de l’association Filmadaran (Association pour le développement de la culture cinématographique) a choisi de célébrer ses dix ans, le 20 février 2026.

 

Par Gabrielle Delorme

Autour de lavash et de vin arménien, l’équipe a présenté le catalogue 2023 du Ciné-Club franco-arménien, fruit d'un partenariat entre l’association et l’Institut français en Arménie. Nous avons pu nous régaler, mais surtout interviewer le directeur de Filmadaran, Garéguine Zakoïan, et son vice-président, Arthur Vardikian, pour en savoir plus sur leur travail et leur amour pour le cinéma français. 

« Il y a trop de bons films français, je ne peux pas choisir », s'amuse Garéguine Zakoïan lorsque nous lui demandons de conseiller des films à nos lecteurs. À la question qui nous brûle les lèvres, « pourquoi le cinéma français ? », — le directeur de Filmadaran répond avec la sagesse d'un philosophe : il faut savoir se décentrer de son propre cinéma national pour éviter de stagner. Mais il suffit de parcourir la préface de leur catalogue pour découvrir son vibrant éloge du septième art hexagonal. Le cinéma français y est célébré comme l'un des « phénomènes les plus brillants, les plus intéressants et les plus marquants du monde de l'art ». 

 

Depuis sa création le 17 février 2016, l’ONG œuvre activement pour le rayonnement de la culture cinématographique, tant au niveau national qu’international. Ses actions se déploient à travers une école de cinéma, la production et la projection d'œuvres, ainsi que des ateliers et son festival annuel de documentaires « Apricot Tree ».

 

L’association s'est donné pour mission de préserver un patrimoine cinématographique arménien résolument ouvert sur le monde. Cette exploration du paysage européen, ancrée dans une ambition de longue date, s'est nourrie de partenariats fructueux, d'abord avec le Goethe-Institut entre 2018 et 2022, puis avec l'Institut français.

Cet engagement ne se limite pas à la simple projection de films, mais s'inscrit dans une véritable démarche de production d'un corpus académique sur le cinéma français vu d'Arménie. Elle se concrétise par la publication d'ouvrages de référence, à l'image du catalogue du ciné-club franco-arménien. Ce dernier recense la filmographie complète des œuvres projetées durant l'année, enrichie de critiques approfondies et d'un matériel iconographique précieux. Cette démarche est née d'un désir profond de l'équipe de direction : pallier le manque de supports théoriques dont elle a elle-même souffert lors de ses premiers pas dans le cinéma.

 

C’est en 2021 que le Ciné-Club franco-arménien a vu le jour, à la suite d’une rencontre fructueuse entre le service de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France en Arménie (l’Institut français) et l’association Filmadaran. Ce partenariat est né du désir de l’association de populariser l’art cinématographique français en Arménie, qu'elle qualifie d'« authentique ». Pour vous donner un aperçu du goût de Filmadaran, nous vous conseillons vivement d'aller voir De rouille et d'os de Jacques Audiard, qui a marqué l'inauguration du Ciné-Club en février 2022. 

 

Depuis, le public arménien, soit environ 3 500 spectateurs, a pu découvrir 64 chefs-d’œuvre français, soit une dizaine par an, dont la grande majorité n’avait jamais été diffusée auparavant en Arménie. Les thématiques de programmation se sont enchaînées : « Palmarès du Festival de Cannes » en 2022, « Classiques du cinéma français » en 2023, « La Nouvelle Vague (1960-2010) » et « Rétrospective Robert Bresson » en 2025. Cette année, le Ciné-Club vous propose « Le cinéma change le monde : France, 1895-2016 », un programme pensé comme un dialogue entre les chefs-d’œuvre du cinéma muet français et les grandes créations de cinéastes français contemporains. Au programme :

 

- 3 mars : Lumière ! L'aventure commence de Thierry Frémaux (2016) ;
- 10 mars : sélection de films de Georges Méliès (1902-1912) ;
- 24 mars : La Fièvre de Louis Delluc (1921) et Ménilmontant de Dimitri Kirsanoff (1926) ;
- 31 mars : Flandres de Bruno Dumont (2006) ;
- 7 avril : La Souriante Madame Beudet (1923) et L'Invitation au voyage (1927) de Germaine Dulac ;
- 21 avril : Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma (2019).

 

Les projections ont lieu à 19 h à l’auditorium de la Bibliothèque nationale d'Arménie, à Erevan, en version originale sous-titrée en arménien, et sont accessibles gratuitement. Chaque séance est précédée d'une intervention visant à fournir des éléments de contexte sur le film à venir. 

Un autre rêve, et non des moindres, anime l’organisation : publier un ouvrage de « cinq kilos et demi » dédié au regard que les Arméniens portent sur le cinéma français, afin de célébrer ces cinq années d’amitié cinéphile !