Le Prix Goncourt - Choix de l’Arménie 2025 récompense Jacaranda de Gaël Faye

Complément spécial UFAR
03.04.2025

Le lundi 31 mars, s’est tenue au restaurant Charles, à Erevan, la cérémonie de remise du Prix Goncourt – Choix de l’Arménie 2025. Ce prix, décerné par les étudiants de l’Université française en Arménie (UFAR), a sacré Jacaranda de Gaël Faye comme lauréat de cette première édition nationale à l’unanimité (19 voix). Un moment fort pour la francophonie en Arménie, placé sous le signe de la littérature, de la mémoire et du dialogue interculturel.

 

Par Layla Khamlichi-Riou

Une jeunesse arménienne mobilisée pour la littérature francophone

Les étudiants de l’UFAR, investis depuis plusieurs mois dans la lecture des ouvrages en compétition, ont démontré un engagement remarquable. Comme l’a souligné Daniel Danielyan, vice-ministre de l’Éducation, de la Culture, des Sciences et des Sports d’Arménie : « Vous avez travaillé pendant des mois et des mois. Vous avez débattu ensemble, vous avez vécu, respiré ensemble et vous avez choisi le vainqueur dans ce magnifique livre. » Il a expliqué la démarche éthique et rigoureuse du jury étudiant le saluant : « Je voudrais féliciter l'ensemble des membres du jury pour leur contribution extrêmement éthique, extrêmement sérieuse. » Et a ajouté : « Ce type d'événement est très important parce que la jeunesse arménienne ne se sent pas isolée du monde ancien et ne se sent plus liée à la langue littéraire en général. »

En outre, le vice-ministre Danielyan a insisté sur le rôle crucial de la lecture dans le développement intellectuel : « La garantie de tout succès, ce sont les connaissances. Et les connaissances sont dans les livres. Chaque livre nous apporte quelque chose, chaque livre a des connaissances en lui. »

Enfin, il a appelé à la poursuite de telles initiatives culturelles : « Le ministère [...] oeuvre [...] pour promouvoir la lecture et l'amour envers le livre, le monde du livre qui a été négligé depuis longtemps. » Il a aussi réaffirmé le rôle de la jeunesse arménienne : « Notre histoire, c'est vous. L'Arménie de demain, c'est vous. Il faut être assez sûr que rien n'est impossible. »

 

Un roman de mémoire et de résonance

Le choix de Jacaranda s’explique autant par sa force littéraire que par les échos historiques qu’il suscite en Arménie. Ce roman de Gaël Faye, centré sur le génocide des Tutsis au Rwanda, a trouvé une résonance émotionnelle forte au sein du jury.

Olivier Decottignes, ambassadeur de France en Arménie, a souligné : « Le fait que la trame de Jacaranda soit le génocide des Tutsis n'est pas étranger au choix en Arménie. Il y a évidemment quelque chose qui résonne avec l'histoire historique des Arméniens et du peuple arménien. » Interrogé sur la portée politique du roman dans le contexte rwandais, l'ambassadeur a insisté sur le fait que « le choix appartient aux jurés » et que la qualité littéraire de l'œuvre reste déterminante. Il a ensuite mis en valeur la puissance de la littérature comme vecteur de mémoire universelle : « Le malheur est universel, a fortiori quand il est exprimé en littérature. [...] Ces faits prennent une épaisseur, une vie beaucoup plus fortes quand ils sont dits par des écrivains que par des historiens. »

Enfin, l’ambassadeur a partagé sa perception du lien culturel entre les deux langues : « L'arménien ou le français, ce sont des langues de la cogitation. » Il a de plus affirmé sa volonté de voir perdurer ce prix : « C'est une première fois, mais l'objectif, c'est, dès l'année prochaine, à nouveau, d'avoir un Choix Goncourt de l'Arménie. »

 

Une coopération culturelle appelée à grandir

L'événement est le fruit d'une coopération entre l’UFAR, l’Institut français d’Arménie, l’Agence universitaire de la Francophonie et la maison d'édition Newmag, partenaire actif de la francophonie dans le pays. Cette dernière publiera Jacaranda en arménien en octobre 2025. Comme l’a rappelé Daniel Danielyan « Newmag montre à quel point nous avons beaucoup de choses en commun, Arméniens et Français. L’Arménie comme la France sont des nations littéraires. Les écrivains ont construit la culture, mais aussi l'idée que se font les Arméniens d'eux-mêmes et que se font les Français d'eux-mêmes. »

La symbolique du lieu, le restaurant Charles, équivalent local du Drouant parisien, a renforcé cette filière de transmission : « En Arménie comme en France, toutes les choses importantes finissent par un bon repas. [...] Et je suis sûr que ce repas a contribué à la justesse de votre choix, » a déclaré l’ambassadeur français.

Ce premier Prix Goncourt – Choix de l’Arménie illustre la vitalité de la francophonie dans le pays, et la capacité des jeunes générations à s’approprier les grandes œuvres contemporaines. Par ce vote, les étudiants ont affirmé que la littérature reste un outil essentiel de mémoire, de dialogue et d’ouverture au monde.